Marché carbone de l’ONU : « dans le coma » après Varsovie

Après la conférence de Varsovie, le marché de la compensation carbone devrait rester en sommeil durant plusieurs années.

Le marché de compensations carbone de l'ONU est susceptible de rester « dans le coma » pendant des années, d'après ce qu'ont déclaré les développeurs du projet, alors que les pays n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur des mesures pour encourager la demande lors des négociations sur le climat la semaine dernière à Varsovie.

Les investissements dans le cadre du Mécanisme de Développement Propre (environ 315 milliards de dollars) se sont interrompus alors que la valeur des crédits qu'il génère a plongé de 95% en 5 ans, pour atteindre 0,30 euros, faisant s'effondrer les profits sur lesquels les investisseurs comptent pour établir des marchés de réduction des émissions carbone dans le monde en développement.

« En tant que bien échangeable, le système est dans le coma, et le restera à moins et jusqu'à ce qu'un accord 2015 ne se réveille » a déclaré Jorund Buen, co-fondateur et partenaire pour le groupe Differ.

Les crédits du Mécanisme de Développement Propre peuvent être utilisés par les compagnies et les gouvernements pour aider à atteindre les objectifs d'émissions mais les prix se sont effondrés alors que les nations industrialisées retardent la mise en place de nouveaux engagements en matière de réduction, alors que l'inscription de nouveaux projets injectent plus de compensation pour un coût supplémentaire minimal.

Les négociations de Varsovie avaient pour objectif de faire avancer un accord climatique mondiale qui devrait être conclu en 2015 et entrer en vigueur après 2020, mais aucune nation majeure n'a proposé de fixer ou de renforcer les objectifs en matière d'émissions , tandis que le Japon accélérait son objectif à horizon 2020.

Les négociations se sont achevées samedi sur une recommandation selon laquelle les pays doivent annoncer des plans de contribution sur les objectifs d'émissions post-2020 « d'ici le premier trimestre de 2015 pour ceux qui sont en position de le faire ». Cette recommandation est considérée par beaucoup comme trop faible pour stimuler la demande.

Le texte adopté par presque 200 nations « exprime son inquiétude » quant à l'état du marché du Mécanisme de Développement Propre, mais les mesures qui pourraient avoir aidé à stimuler le système ont été retirées alors que les nations en développement insistaient pour que les nations riches fixent des objectifs d'émissions en premier.

Une proposition recommandant que les pays considèrent de fixer un prix minimum pour les compensations du Mécanisme de Développement Propre a été retirée, tout comme une suggestion visant à inviter les institutions financières telles que le Fonds Vert pour le Climat pour envisager d'acheter des crédits.

Le Fonds Vert pour le Climat est conçu pour aider à canaliser 100 milliards de dollars par an pour les pays en développement d'ici 2020 pour les aider à payer pour des projets de réduction des émissions et à se préparer aux effets du changement climatique tels que l'augmentation du niveau des mers et les sécheresses.

Gareth Phillips, qui préside une association de développeurs de projet, a déclaré que le texte de Varsovie ne provoquerait probablement pas de demande significative pour les crédits carbone mais a ajouté qu'il était encouragé par le fait que ces négociations commencent à répondre aux questions auxquelles est confronté le marché.

En l'absence de nouveaux objectifs, plusieurs nations européennes ont affermi leurs promesses à Varsovie de payer un premium sur les taux de marché pour une poignée de projets du Mécanisme de Développement Propre dans les pays les plus pauvres au monde pour maintenir le modèle en vie.

Les analystes ont aussi déclaré qu'un certain espoir pour une demande future sur le marché pourrait provenir d'une déclaration à Varsovie indiquant que les unités pouvaient être utilisées par les pays sans objectif juridiquement contraignant de réduction de ses émissions pour atteindre les objectifs volontaires pré-2020.

« Avec le temps, cela pourrait apporter une demande supplémentaire pour les crédits carbone . Nous avons enregistré une tendance où certains systèmes régionaux acceptent les crédits générés dans le même pays, le plus récemment le Mexique et la Corée » ont déclaré des analystes de Thomson Reuters Point Carbon.