A peine deux semaines avant le début du grand sommet sur le développement durable qui réunira 130 chefs d'Etat, aucun consensus international se profile à l'horizon..Le 2 juin, au siège des Nations unies, à l'issue de cinq nouvelles journées de négociations sur le projet de déclaration finale du sommet une session ajoutée début mai à l'agenda dans l'espoir de dépasser les clivages existants, l'ambiance était au "pessimisme", selon un observateur. Dans son allocation de clôture, le secrétaire général de
Rio+20 , Sha Zukang , n'a d'ailleurs pas caché qu'un "énorme travail attend les négociateurs à Rio".
"Nous devons maintenant accélérer le rythme de nos négociations, a-t-il poursuivi. Nous n'avançons pas assez vite pour espérer achever notre tâche le 15 juin." Une dernière session de négociations est prévue à
Rio même du 13 au 15 juin, avant de céder la place aux délégations et au champ politique .
"On n'a pas régressé, mais on n'a pas avancé non plus, estime un négociateur. Sur beaucoup de sujets, on arrive à un plus petit dénominateur commun, mais ça ne produit pas de dynamique. La question est maintenant de savoir si ce texte peut servir de base à l'accord final ou s'il va falloir avoir recours à un document beaucoup plus politique, dont l'initiative pourrait revenir au Brésil , sous la pression des circonstances."
Pour une économie verte et équitableDe nombreux points de divergence ont été gelés par les négociateurs, qui ont préféré laisser aux dirigeants politiques la responsabilité de trancher lors du
sommet de Rio , à supposer que ceux-ci y parviennent. Parmi ces sujets : la gouvernance environnementale, la gouvernance des océans ou les nouveaux indicateurs de richesse.
Le principe de la création d'une agence spécialisée des Nations unies consacrée à l'environnement, l'un des chevaux de bataille de la France depuis la présidence de Jacques Chirac, est ainsi soutenu par l'Union européenne (UE) et la majorité des pays africains, mais combattu par les Etats-Unis et la plupart des pays émergents.
Le concept d'économie verte et équitable défendu par l'UE tout comme celui voisin de croissance verte et solidaire de la Banque mondiale devraient être au cœur du
sommet Rio+20 . Avec, là encore, peu de chance d'aboutir à un résultat significatif, les pays émergents y voyant d'abord une contrainte susceptible de freiner leur développement et, ensuite, une tentative des pays occidentaux de reprendre la main grâce à leurs savoir-faire en matière de technologies vertes.
"Beaucoup de gens ne savent pas ce que recouvre vraiment ce concept d'économie verte, estime Amy Fraenkel , directrice pour l'Amérique du Nord du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). C'est une façon d'agir au bénéfice de tous en investissant dans les technologies propres et en étant plus efficace dans l'utilisation des ressources."
Un nouveau modèle radicalLe défi fixé à Rio+20 est d'ouvrir une voie qui permette d'avancer vers l'éradication de la pauvreté tout en allégeant la pression exercée sur les ressources de la planète . De plus en plus nombreux sont ceux à penser aujourd'hui, y compris au sein d'organisations internationales pas spécialement réputées pour leur caractère progressiste, que cela passe par un nouveau modèle de croissance et par de nouveaux modes de production et de consommation .
"Le problème est que cette négociation, qui porte sur des concepts constituant des remises en cause radicales, a démarré beaucoup trop tardivement et dans une période de crise où la communauté internationale est moins réceptive", estime un négociateur européen.
Même un accord sur des Objectifs du
développement durable , qui pourraient prendre le relais des Objectifs du millénaire pour le développement après l'échéance de ceux-ci, en 2015, semble problématique. Et ce malgré les exhortations de Ban Ki-moon , le secrétaire général des Nations unies, qui a lancé une initiative en faveur d'un accès universel à l'énergie.
S'il ne faut donc pas attendre d'engagements précis de la communauté internationale à l'occasion de ce sommet, reste pour celle-ci à dessiner une feuille de route sur laquelle figurent bien tous les sujets qui s'imposent aujourd'hui à la planète. "L'enjeu de Rio+20, assure un participant aux négociations, c'est comment définir un agenda d'actions pour les vingt prochaines années, alors que les vingt dernières n'ont pas vraiment été mises à profit, comment relancer la machine et lui donner de l'élan."
(le monde)