Batho et les écologistes : un arrière goût amer

Christine Batho peine a convaincre les associations écologiques du réel impact de ses mesures sur la fiscalité écologiques.

Après 1 an passé au pouvoir, la ministre de l'Ecologie, Delphine Batho, éprouve des difficulltés à convaincre la communauté des écologistes.

Les principales associations écologiques, invitées aujourd'hui aux états généraux de la modernisation du droit de l'environnement, sont sur leurs gardes. Le « choc de simplification », souhaité par le gouvernement, pourrait ouvrir la porte à des mesures de dérégulation, craint la puissante fédération France Nature Environnement . Un malentendu de plus à dissiper dans les relations de moins en moins sereines entre la mouvance écologiste et le pouvoir socialiste.


Un an après le retour de la gauche au gouvernement, la désillusion est palpable. L'exécutif « est très fort pour diagnostiquer la situation environnementale. Mais ses engagements ne sont pas à la hauteur des enjeux », déclare Benoît Hartmann, porte-parole de FNE. Les associations parlent d'un « bilan mitigé » et d'un « état des lieux disparate » d'où n'a encore émergé aucune mesure efficace touchant à la vie quotidienne des Français.

La qualité de l'air en ville a fait l'objet d'un dispositif de protection jugé « indigent » et « très en dessous du défi sanitaire» posé par les particules fines du essentiellement au diesel. Le gouvernement se voit reprocher sa lenteur pour protéger la ressource en eau. « La France n'a pas fini de se faire taper sur les doigts par Bruxelles », s'étrangle le représentant d'une ONG. « Pourquoi avoir fixé à 2015 la date d'interdiction du bisphénol A ? », s'insurge un autre. Sur la fiscalité écologique, le scénario de rattrapage du prix du gazole sur l'essence , évoqué dans le récent rapport de Christian de Perthuis, ne passe pas. « Pas assez vite, pas assez fort », ont fait savoir les associations.

Une ministre un peu seule

« Au final, ce sont les lobbys qui l'emportent, estime Benoît Hartmann , même quand Delphine Batho pousse à un arbitrage exigeant. »Ce à quoi la ministre de l'Ecologie s'emploierait trop rarement. « Elle ne fait rien. Elle essaie de passer sous les radars », dénonce Claire Nouvian, la fondatrice de Bloom, une ONG qui lutte pour la protection du milieu marin.

Les élus écologistes sont à peine moins sévères. « Ce bilan en demi-teinte est à l'image de la ministre, qui ne veut pas se mettre au premier plan, contrairement à d'autres », déplore François de Rugy coprésident du groupe écologiste à l'Assemblée. « Un ministre de l'Ecologie, quel que soit le gouvernement, doit se créer un espace, car le rapport de force lui est structurellement défavorable. Un ministre écolo se serait quand même mieux fait entendre », estime-t-il.

Pour d'autres, là n'est pas forcément le problème. « Les deux piliers que sont le logement et les transports ne sont plus dans le périmètre du ministère de l'Ecologie. Malgré toute sa conviction, Delphine Batho n'a la maîtrise sur rien », estime Bertrand Pancher, député de la Meuse et patron du pôle écologique de l'UDI. Une ministre un peu seule pour tenir le débat sur la transition énergétique, prélude à une grande loi programme. « Au Grenelle, toutes les compétences ministérielles étaient autour de la table. Là, il n'y a que Delphine Batho. Cela posera une vraie difficulté lorsqu'il faudra passer au texte précis », redoute Gilles Vermot-Desroches du Medef.

Un problème de portage

« Les vraies décisions ont du mal à sortir : code minier, vraie stratégie pour les énergies renouvelables, agence de la biodiversité », déplore aussi un expert du PS. On est quand même là depuis un an. » L'état de l'économie et des finances publiques a vite agi comme un frein. Il n'empêche.« C'est encore mou . On perd du temps. On pourrait aller plus vite sur la transition énergétique », pointe Laurence Rossignol, sénatrice et secrétaire nationale du PS à l'environnement. « Il y a un problème de portage par le gouvernement, de vision partagée. En ce sens, le "Batho bashing" est assez injuste. Elle a fait bouger les lignes sur le diesel et les gaz de schiste . »


D'autres dossiers dont Delphine Batho pourra se prévaloir avancent toutefois. Il y aura a priori des mesures de fiscalité écologique dans le budget 2014. Et le projet de grande loi-cadre sur l'énergie doit être présenté à la rentrée pour examen par le Parlement au début de l'an prochain. La ministre de l'Ecologie est attendue au tournant. « Nos attentes sont à la mesure du temps passé pour préparer les mesures », lance un représentant associatif.