Blablacar transporte l'équivalent de 1500 TGV par mois

Le covoiturage se développe à la vitesse du TGV, au point que le site covoiturage.fr transportera mensuellement autant de passager que l'Eurostar

PDG et fondateur de Blablacar, Frédéric Mazzella, était l'invité du Buzz Média Orange-Le Figaro. Les grèves de la SNCF sont une très bonne publicité pour sa société àl'origine du site covoiturage.fr

Frédéric MAZZELLA - Forcément, les jours de grève, il y a beaucoup de passagers en recherche de solutions comme le covoiturage . Mais on ne peut pas se féliciter d'une grève car les gens sont ennuyés. De plus, dans ces cas de figure, il y a un déséquilibre entre la demande de passagers et le manque de conducteurs. Donc généralement pendant les grèves, nous faisons un appel aux conducteurs qui ont des places libres.

LE FIGARO - Blablacar transporte l'équivalent de 1500 TGV/mois?

Oui, cela fait l'équivalent de 600.000 passagers transportés par mois. Et d'ici à la fin de l'année, compte-tenu de notre croissance, nous devrions transporter autant de passagers que l'Eurostar , soit environ 900.000 passagers par mois!

Quel est le principe de Blablacar?

Quand on est conducteur, on s'inscrit sur le site et on propose des places libres sur des trajets d'environ 300 kilomètres en moyenne. C'est par exemple un Paris-Lyon avec des places à 25 euros, un Paris-Lille à 15 euros ou un Paris-Nantes à 20 euros. Les passagers achètent les places et participent donc aux frais de déplacement du conducteur. Le passager va payer directement en ligne, ce qui assure au conducteur qu'il transportera bien le passager. Au final, 90 % de l'argent va au conducteur et Blablacar prélève une commission pour le développement du site. C'est finalement une idée assez simple: les conducteurs partagent les frais d'un trajet longue distance avec des passagers qui sont en demande de transport à pas cher.

Dans le covoiturage, il faut avoir confiance. Blablacar est-il un tiers de confiance?

Notre principe est de mettre en relation un conducteur connu avec un passager connu. On sait avec qui on part. Sur le site, on peut voir les avis des membres. Les conducteurs notent les passagers et ces derniers notent les conducteurs. C'est très important, car cela crée de la confiance. La mise en relation ainsi que le paiement sont entièrement sécurisés. C'est une idée très simple, mais pour la mettre en œuvre, il fallait que l'Internet fixe ou mobile soit développé. Notre système est un affichage en temps réel des places disponibles de covoiturage pour toutes les destinations.

Vous avez 3 millions de membres en France. Quels profils ont-ils?

Cela évolue. Au début, c'était de jeunes étudiants. Mais plus on fiabilise le système, plus son utilisation se répand dans la population. Nous sommes équilibrés entre hommes et femmes. Quand aux tranches d'âges, elles réparties: un tiers entre 18-25 ans, un tiers entre 25-35 ans et un tiers de plus de 35 ans. Mais maintenant, l'âge moyen augmente.

Blablacar, c'est moins cher que la SNCF?

Si on s'y prend longtemps à l'avance, la SNCF propose des tarifs peu chers. Mais sur les départs, réservés une semaine à l'avance, Blablacar est deux à trois fois moins chers que les prix proposés par la SNCF.

Vous développez-vous à l'international?

Nous avons cinq bureaux en dehors de la France: à Milan, Madrid, Londres, Varsovie et Hambourg. En Allemagne, la population fait du covoiturage depuis très longtemps, même avant Internet. Dans les autres pays, il faut encore expliquer ce qu'est le covoiturage.

Vous faites 8 millions d'euros de chiffre d'affaires, le double de l'an dernier. C'est compliqué d'être une start-up aujourd'hui en France?

J'ai décidé de créer mon entreprise en France, après avoir passé beaucoup de temps aux États-Unis. J'ai choisi la France car l'adéquation entre la culture et la création d'entreprise est très importante pour moi. En ce moment, on ne sait plus trop si c'est bien d'être entrepreneur ou pas. On a des signaux contradictoires. Parfois, on nous dit c'est bien, Blablacar a créé 70 emplois. Mais d'un autre côté, on a l'impression que l'argent, c'est mal. Il faut nous donner un signal clair!