Biocarburant dans l'avion, la biomasse pour réduire les gaz à effet de serre

L'eucalyptus pourrait devenir le biocarburant pour les avions de ligne, à condition d'obtenir la certification, comme l'ont déjà obtenu d'autres biocarburants utilisés sur certains vols.

Airbus qui s'associe avec Boeing . Ce n'est pas une fiction mais bel et bien la réalité depuis le dernier sommet de l'aviation organisé à Genève fin mars. A cette occasion, les deux rivaux de toujours ont annoncé leur association également avec l'avionneur brésilien Embraer pour développer l'utilisation de biocarburants . La veille, Airbus avait annoncé des recherches pour produire un biocarburant à base… d'eucalyptus. Une plante qui rejoindra d'autres végétaux déjà utilisés en tant que carburant, tels que la cameline , le jatropha , les algues ou encore même la noix de coco . «Nous menons des recherches pour établir une aviation durable. Nous avons donc décidé, en collaboration avec la compagnie aérienne Virgin Australia, de mettre en place une filière durable de production de biocarburant à base d'eucalyptus en Australie à des fins d'utilisation pour l'aéronautique» explique le responsable des projets nouvelles énergies d'Airbus.

Cultivé sur des terres arides, le mallee , une espèce d'eucalyptus, sera récolté et broyé tous les trois à six ans. La biomasse obtenue sera ensuite transformée en hydrocarbure puis en carburant utilisable pour les avions. Grâce à un procédé de pyrolyse, le mallee est alors transformé. «Globalement, cela consiste à brûler sans oxygène la biomasse (par un processus chimique), pour en extraire un produit basique qui sera par la suite traité pour obtenir du biocarburant. Il sera ensuite nécessaire de le mélanger à du kérosène ‘fossile' à hauteur de 50% maximum pour pouvoir l'utiliser. En effet, la composition chimique des biocarburants ne permet pas aujourd'hui leur utilisation à 100% pour les avions» développe Frédéric Eychenne.

Boeing converge dans le même sens qu'Airbus

De son côté, Boeing vise également à accélérer la commercialisation de carburants écologiques , comptabilisant 1500 vols avec passagers effectués au biocarburant durant les deux dernière années. Richard Mills, porte-parole de Boeing sur les questions de biocarburants en Europe, précise: «Aujourd'hui, les biocarburants permettent de réduire les émissions de carbone en partenariat avec les compagnies aériennes. Dans l'ensemble, les gouvernements commencent à manifester leur intérêt et à soutenir les efforts, ce qui est primordial pour nous aider à atteindre notre objectif: que les vols utilisent 1% de biocarburant en moyenne d'ici 2015.»

Le constructeur d'avion est d'ailleurs en train d'étudier, dans le cadre de son programme de recherche, les possibilités d'utiliser de l'alcool comme carburant.

Des biocarburants plus chers que le kérosène, faute d'industrie

Philippe Novelli, chef de projet à l'ONERA , le centre français de l'aérospatiale qui équivaut à la Nasa, a par ailleurs piloté l'étude européenne SWAFEA (Sustainable Way for Alternative Fuel and Energy Aviation ), portant sur la problématique des biocarburants dans l'aviation. Selon lui, d'ici 2020, des procédés en cours de développement devraient permettre d'avoir des biocarburants purs pour l'aviation. Philippe Novelli ajoute: «A ce jour, du fait de l'absence de réelle production industrielle, les compagnies aériennes paient les biocarburants environ quatre fois plus chers que le kérosène. Les perspectives de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont en revanche considérables: jusqu'à 85% pour les filières les plus performantes comme le BTL (Biomass to Liquid ) produit à partir de lignocellulose.» Cependant, l'obtention d'importantes réductions d'émissions de gaz à effet de serre suppose des précautions quant aux conditions de production de la biomasse , comme le souligne le spécialiste de l'ONERA.

Des carburants en quête d'une certification

A ce jour, il existe deux procédés de biocarburants bénéficiant du sceau des autorités aériennes, l'ASTM International et la FAA : les huiles végétales hydrotraitées et les carburants de synthèse issus de la biomasse. L'eucalyptus n'en fait pas encore partie, d'où là démarche des avionneurs d'accompagner les nouveaux biocarburants en vue d'une approbation.

Du côté des motoristes (Safran, Rolls Royce, General Electric ou encore Pratt & Withney), il n'existe à ce jour rien de formel sur le plan des biocarburants, dans le sens où ces derniers sont compatibles avec les systèmes existants. En effet, tous les biocarburants sont dits «drop-in», c'est-à-dire entièrement compatibles avec les réservoirs classiques, ce qui ne rend pas nécessaire l'élaboration de nouveaux types de moteurs.

De façon constante depuis dix ans, l'aviation civile représente 2,7% des émissions de carbone mondiales, loin derrière l'industrie automobile, qui en représente 52%. Le défi étant de répondre aux exigences fixées par l'Union européenne à l'ensemble des transports, à savoir l'obligation d'utiliser au minimum 10% de biocarburants d'ici 2020.

(le figaro)

Mots clés : Biocarburants - Aviation propre - Biomasse