Taxe carbone, une solution pour financer la transition énergétique

La transition énergétique est un sujet de plus en plus urgent, où en sont les proposition pour son financement par la taxation carbone

Le débat sur la transition énergétique semble enfin lancé et prend, peu à peu, sa place dans le paysage démocratique français. Mais ce débat souffre d'un manque de clarté sur le coût réel de cette mutation. Or, il s'agit de l'enjeu le plus important : Où trouver l'argent pour le financement ?

Même si un des 5 groupes de travail du conseil national est consacré à cet problématique, on trouve peu d'estimations précises d'une évolution énergétique complexe, dont les trajectoires restent encore incertaines. On attend le rapport sur ce sujet, après la saisine du conseil économique social et environnemental, prévu fin avril.

La fondation Nicolas Hulot faisait en mai 2011 une estimation de 600 milliards d'euros sur une décennie, soit 3% du produit intérieur brut. Mais ce chiffre interroge : la transition énergétique durera en effet bien davantage qu'une dizaine d'années.

L'association Négawatt annonce depuis des mois se pencher sur les enjeux économiques de son scénario. L'étude attendue, pilotée par l'économiste Philippe Quirion, vient de sortir mais se révèle, sur ce point, bien décevante : Négawatt s'intéresse surtout aux emplois créés par son scénario mais a bien du mal à en chiffrer le coût.

L'Allemagne ayant pris de l'avance sur notre pays, il est intéressant d'aller voir ce que cela leur coûte. Peter Altmaier, le ministre de l'environnement d'Angela Merkel, a parlé, pour sa part, de 1000 milliards sur vingt ans.

Pour maintenir sa compétitivité, notre voisin d'outre-Rhin préserve les entreprises et fait payer la transition par les particuliers. Les ménages ont vu leur facture énergétique gonfler de 80% en dix ans. Même si les Allemands restent attachés au tournant énergétique, ce choix fait polémique.

La France n'est pas dans cette configuration : Etat, ménages et entreprises n'ont guère de marges de manoeuvres, le fort endettement et la faiblesse en capacité d'investissement réduit l'évantail des solutions envisageables. Or, la transition suppose des infrastructures lourdes et des efforts étalés sur de nombreuses années.

La fondation Nicolas Hulot, et l'économiste Alain Grandjean plaident pour un grand emprunt auprès de la banque centrale Européenne, avec des dépenses affectées uniquement aux investissements. Mais cette proposition est-elle réaliste ?

Le modèle du grand emprunt de Nicolas Sarkozy a montré ses limites : dans le contexte économique qui est le nôtre, il aura permis de récolter quelques dizaines de milliards d'euros. C'est bien insuffisant. Alain Grandjean prétendait contourner le problème en créant une agence d'investissements, financée par une banque publique qui se refinancerait à taux nul ou très faible.

Le démarrage de la banque publique d'investissement, une promesse du candidat Hollande, prouve à la fois la viabilité et les limites de cette démarche. Là encore, on financera quelques dizaines de milliards, bien loin des 600 milliards estimés par la fondation Hulot.

En réalité, il reste une seule solution viable : utiliser la création de la taxation carbone pour affecter l'argent récolté au financement de la transition. L'institut Coe-Rexecode, proche du patronat, vient de publier une étude qui estime que la mesure rapporterait entre 2 et 8 milliards d'euros à l'Etat par an. C'est donc un levier non négligeable qui pourrait permettre de lancer le programme de transition.

Bien entendu, ce choix sera combattu par le ministère du budget qui cherche à récupérer cette manne pour limiter l'endettement public.

Choisir d'affecter cet argent au tournant énergétique sera parié sur la relance économique que pourra générer le lancement d'une transition maîtrisée. Mais il faudra le faire avec lucidité et imagination, les marges de manoeuvres créées par la taxation carbone devront être utilisées avec efficience. Les enjeux sont énormes car celle-ci se retrouvera au centre d'enjeux qui mêlent relance économique, transition énergétique , lutte contre le chômage et l'endettement.