La crise financière et le développement durable des solutions pour les entreprises

La crise financière a t-elle tué le développement durable ?

L'enjeu écologique, l'un des thèmes de la campagne présidentielle de 2007, semble avoir disparu des écrans radars. Dans les temps difficiles que traverse l'Europe, l'environnement et la culture seront-ils à nouveau considérés comme des luxes inutiles ? En France, le Grenelle a perdu son élan fondateur ; les réflexions sur les modes de production et de consommation peinent à trouver un écho ; les investissements nécessaires pour engager une transition sociétale effrayent par leur ampleur et les régulations d'inspiration écologique semblent moins prioritaires que jamais.

Pourtant, à bien y regarder , la crise financière annonce sans doute la fin d'un certain modèle issu des années 1970. En imposant davantage de rigueur dans l'analyse financière, le management public commence à révéler l'inadaptation de certains piliers du vieux couple équipement-aménagement, désormais à bout de souffle.

En France, c'est dans le domaine de l'énergie et du nucléaire que les débuts de l'opération "vérité" produisent leurs effets les plus spectaculaires. Le dévoilement progressif des coûts du nucléaire, qui grimpent en flèche dès que l'on prend en compte la sécurité des centrales, leur démantèlement et le stockage des déchets, rend de plus en plus compétitifs les systèmes décentralisés de production d'énergies renouvelables . En quelques années, le coût de construction d'un EPR a presque doublé, atteignant désormais 6 milliards d'euros. Pendant ce temps, en Allemagne, on s'éloigne de plus en plus d'un modèle de production hyper-centralisé : certaines petites villes parviennent déjà à l'autonomie énergétique en mettant l'accent sur les économies et en mobilisant de manière volontariste une multiplicité de petits producteurs locaux, entreprises, collectivités et particuliers, qui font appel à l'épargne locale.

Les transports, et notamment le rail, sont également directement touchés par le mur de la dette. L'énormité du déficit accumulé par la SNCF et RFF – environ 30 milliards d'euros - remet directement en question la prééminence du modèle "tout-TGV" qui continue de faire rêver nombre d‘élus. La hausse continue du prix des billets, qui tend à décourager l'utilisation des transports collectifs au lieu de l'encourager , appelle une remise à plat du système. Un basculement des priorités va t-il s'opérer , privilégiant, plutôt que la réalisation de grands projets de prestige, la remise à niveau des lignes classiques et l'amélioration des transports de la vie quotidienne dans les agglomérations , là où des millions de navetteurs circulent tous les jours dans des conditions difficiles ? Dans le Grand Paris , face au coût exorbitant de la grande boucle du super-métro francilien – 23 milliards d'euros - la rénovation préalable des lignes existantes du RER devrait s'imposer comme une évidence.

Les services urbains sont aussi sur le fil du rasoir. La surenchère permanente dans les infrastructures pour fournir l'eau, l'énergie et évacuer les déchets, alors que les revenus des ménages et des collectivités stagnent, condamne le modèle actuel. C'est tout le métabolisme de la ville qu'il faut repenser , en pariant sur la sobriété et le recyclage plutôt que sur le triptyque production/consommation/élimination, en misant sur la prévention des pollutions en amont plutôt que sur la réparation des dommages en aval. Pour l'accès à l'eau potable, au lieu de construire des usines sophistiquées de traitement, de grandes agglomérations ont choisi de sécuriser les captages par la promotion de l'agriculture biologique dans les campagnes environnantes, esquissant ainsi les agro-parcs du XXIe siècle, vastes espaces de promenade, de détente et de production en circuits courts. C'est le choix fait par New York en 1996, au moment où ses eaux, provenant des Catskills, un massif montagneux et un bassin agricole, étaient menacées par la pollution. Economie réalisée : 5 milliards de dollars

Dans de nombreux domaines, la Cour des Comptes réussira t-elle là où les écologistes peinent à convaincre ? La prise en compte de la notion de bilan global - effets secondaires négatifs et synergies positives , directes et indirectes – pour évaluer des politiques publiques trop cloisonnées, devrait ouvrir de vastes perspectives : dans la santé, imaginons les gains pour la Sécurité sociale d'un air, de modes de vie et d'aliments plus sains.

Considérons aussi que dans un monde en pleine mutation, où l'accès aux ressources donne lieu à une compétition sans merci, où l'anticipation des risques est un enjeu vital, la cohésion et la robustesse des systèmes, plutôt que leur seule performance à court terme, deviendront des atouts majeurs. La crise financière imposera inéluctablement de nouvelles approches : non seulement le développement durable n'est pas condamné par la crise, mais il en est l'une des solutions. (source Le monde )

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