L'économie rentre dans une nouvelle ère : le développement durable pour tous

Partout les initiatives se multiplient afin d'entrer dans une nouvelle ère ou le modèle économique n'est plus le seul critère de réussite pour une entreprise, le développement durable devient de plus en plus une des clés du succès du "projet entreprise" .

Le constat est simple et s'impose désormais à tous : le modèle économique traditionnel est arrivé à la fin d'un cycle. L'exploitation des ressources naturelles sur lequel il était fondé n'est tout simplement plus possible. Le pétrole abondant, l'eau facile, les énergies fossiles, c'est terminé. Et pour l'heure, la raréfaction des matières premières fait s'envoler les prix et impacte négativement tant le pouvoir d'achat des ménages que la compétitivité des entreprises. La dégradation de l'environnement et les pollutions en tout genre engendrées par le modèle traditionnel ne sont plus non plus acceptables. Les Français ont bien compris que l'environnement, c'est la santé et que nous sommes, ni plus ni moins, ce que nous mangeons, respirons et buvons.

Ce modèle économique, il faut donc le réinventer et les entreprises sont à cet égard passées à l'action. Elles adoptent des modes de production moins consommateurs d'eau et d'énergie, recyclent leurs déchets et développent de nouvelles technologies pour se déplacer, se chauffer, se loger, consommer autrement. Autrement, c'est-à-dire mieux, et avec une qualité de vie améliorée. Là où Bouygues vient de construire un immeuble à énergie positive, la SNCF expérimente des plates-formes multi-modales à la sortie de ses gares, ou encore la Lyonnaise des Eaux dote ses clients de programmes d'économie d'eau et développe des technologies de réalimentation des nappes d'eau souterraines. Les exemples ne manquent pas : Orange collecte les téléphones mobiles pour réduire l'impact environnemental tout en créant des emplois solidaires ; Nexity propose de l'éco-rénovation avec des garanties de performances énergétiques ; Bull encourage les programmes de recherche pour réduire la consommation et l'empreinte carbone des moteurs ; Egis développe des méthodes d'éco-conception respectueuses de la biodiversité ; Eramet innove avec des procédés hydrométallurgiques valorisant des ressources minières jusque-là inexploitées.

Des innovations qui permettent d'engendrer des changements de comportements d'autant plus significatifs qu'ils sont fortement relayés par d'autres acteurs, et non des moindres de cette révolution silencieuse, les Villes : mise en place de filières courtes du producteur au consommateur, adoption des vélos en libre-service pour les entreprises , installations de récupérateurs d'eau de pluie, reconquête de la biodiversité urbaine, réduction de l'empreinte carbone du territoire. L'éco-métamorphose des entreprises et des villes est en marche.

Aucun de ces sujets n'a été pour l'instant sérieusement abordé pendant la campagne présidentielle. En juin prochain, à la Conférence Rio+20 qui se tiendra au Brésil, le Pavillon France portera les couleurs des « Villes et Territoires durables », celles d'un modèle économique où le durable est consacré comme un levier efficace d'une croissance retrouvée.

Mais sur quel cadre stratégique et sur quelles politiques publiques pourront-elles s'appuyer ? Il y a urgence en France à poser les bonnes questions et à en débattre. Quelle politique d'éducation et de formation mettre en place pour tenir les promesses de l'économie verte , c'est-à-dire disposer des compétences nécessaires pour exercer de nouveaux métiers et donc créer les emplois de demain ? Comment rendre la politique fiscale réellement incitative aux comportements vertueux ? Quel majoration des prix pour encourager les économies d'eau et d'énergie ? Comment orienter l'épargne pour qu'elle finance les investissements nécessaires au développement de l'économie verte ? Quand et comment soutiendrons-nous les filières des énergies renouvelables et du génie écologique et les appuierons-nous sur de robustes politiques de recherche ? Avec quelles synergies au sein de l'Union Européenne ? Comment favoriser les interactions entre les grandes entreprises, les PME et celles de l'économie sociale et solidaire ? Comment et quand appliquer la loi Grenelle 2 et le reporting RSE dans les entreprises ?

Le paradoxe entre la richesse des avancées concrètes sur le durable et le silence assourdissant de la campagne présidentielle est d'autant plus surprenant que ce modèle économique refondé est le plus sûr levier pour le retour de la croissance et pour un nouvel âge du rayonnement de la France Cette nouvelle frontière profile aussi un nouveau projet de société. Une société dans laquelle l'humain aurait toute sa place au service d'un projet collectif enfin identifié. Promouvoir l'économie verte c'est, pour le salarié, un gage de l'utilité de son travail ; pour le consommateur, un choix d'un mode de vie qui fait sens ; et, pour le citoyen, un nouvel élan de participation à la vie de la cité.

Au-delà de la consultation ou de la concertation avec le public, des expérimentations sont déjà à l'œuvre dans un certain nombre d'entreprises et permettent de véritables co-création ou co-construction de solutions nouvelles. Design partenarial d'éco-quartiers, programmes de restauration de la biodiversité avec les habitants, entrée de la société civile dans les conseils d'administrations, réseaux citoyens d'alertes aux pollutions mériteraient d'être déployés à plus grande échelle.

Ce projet de nouvelle société repose sur une logique intrinsèquement inclusive qui correspond au fond au besoin d'harmonie qu'expriment les Français de bien des manières. Il nécessite de casser les organisations en silo et d'organiser les transversalités. Il recèle la promesse d'une réconciliation entre le privé et le public, incite à des partenariats inter-secteurs, invite aux alliances, exige de penser le long terme au sein des systèmes de gouvernance.

Un temps, la construction de l'Indicateur du Bonheur des Français, en complément du PIB avait donné l'espoir de proposer une autre échelle de valeurs de la société française, comme une promesse de transition entre l'ancien et le nouveau. Les entreprises, les villes, qui en font une condition de leur attractivité internationale, ont amorcé cette transition. Apparemment dans l'indifférence la plus totale du monde politique.

A quand le vrai débat ? Celui sur la société durable que nous voulons tout de suite et pour les générations futures.